Liaison dangereuse: Médecine esthétique et les médias

Les médias font de plus en plus l’écho des nouvelles techniques médicales esthétiques. Dans certains cas, il s’agit d’avancées médicales au service des patients. Mais, une promotion dans un magazine, sur internet ou à la télévision n’est pas toujours le gage de la qualité d’une technique médicale. Ces promotions médiatiques prennent parfois des médecins peu critiques comme témoin, ce qui peut faussement rassurer les lecteurs.

En raison des promotions médiatiques, ce sont aujourd’hui les patients qui viennent consulter chez le chirurgien avec une demande de technique particulière. Le chirurgien scrupuleux, en refusant de pratiquer une technique pour laquelle il existe peu de recul, a plus du mal à se faire entendre et voit parfois son patient partir chercher ailleurs à satisfaire sa demande.

Le Macrolane, en est un exemple. Il s’agit d’un gel d’acide hyaluronique proposé comme alternative à une augmentation mammaire. Après plusieurs mois de promotion et d’utilisation, certains pays européens, notamment la France, ont dernièrement interdits le Macrolane dans cette indication.

Quand la pression de l’industrie est forte et que les médias jouent le jeu, le risque de dérive existe. Les médecins doivent bien sûr avoir la liberté de proposer des nouvelles techniques, sinon les avancées de la science ne verraient pas le jour. Mais, cela ne doit pas être sous la pression des médias, ni de l’industrie.

Il n’y a pas de lien entre cancer et les prothèses mammaires PIP

Selon un communiqué récent de l’Afssaps, en France 20 cas de cancer dont 15 du sein ont été rapportés chez les patientes proteuses de prothèses PIP. Parler d’incidence de cancer est toujours inquiétant. Mais, ces statistiques ne prouvent en rien l’association entre cancer et les prothèses PIP.

En France, dans la population générale, le risque de cancer mammaire est de 240 cas pour 100’000 habitants. Par ailleurs, environ 30’000 femmes sont porteuses de prothèse PIP. En conséquence, Il est naturel de voir des cas de cancer mammaire dans la population de femmes proteuses de prothèse PIP sans qu’il y ait de lien de causalité.

La crise et les traitements esthétiques

Tout d’abord quelques chiffres pour alimenter la réflexion:

A. Etude Française SOFRES de Novembre 2008:

Les français reconsidèrent leurs dépenses alimentaires (pour 53% des personnes interrogées) et vestimentaires (pour 63 % personnes interrogées), mais préservent leur budget santé (85%) et beauté (49%).

B. Les chiffres ASAPS (American Society of Aesthetic Plastic):

  • Depuis 2006, 82% des actes pratiqués par les chirurgiens sont non invasifs (médicaux). Entre 1997 et 2007, la croissance de ce secteur est de 457%: +114% pour la chirurgie, et+754% pour les traitements moins invasifs.
  • En 2008, les femmes représentent toujours 91% des demandes, et la chirurgie diminue en 1 an de 9%. Le top 5 des actes médicaux (par ordre décroissant) 1 – Injection de Toxine Botulique, 2 ¬- Injections d’acide hyaluronique, 3 – Epilation laser, 4¬ – Microabrasion, 5 – Resurfacing. Le top 5 des interventions chirurgicales (par ordre décroissant) 1 – Lipoaspiration, 2 – Augmentation mammaire, 3 – Chirurgie des paupières, 4 – Lifting du ventre, 5 – Remodelage mammaire

Ces chiffres nous permettent de constater que la chirurgie et la médecine esthétique garde un taux de croissance significatif tout en subissant des mutations. Malgré la crise, les patients continuent à nous consulter. Ces études semblent également montrer que les traitements moins invasifs ont un taux de croissance plus fort.

Quelle est l’explication de cette évolution et que doit-on en conclure? En fait, le Chirurgien moderne est devenu non seulement un expert en chirurgie, mais un expert en esthétique médicale. Il doit ainsi pouvoir proposer une combinaison de traitement comprenant les techniques médicales et chirugicales. Cela lui permet de proposer des traitements personnalisés et optimisés.

Cette évolution, je suis heureux de le constater, correspond à la philosophie que certains de mes collègues et moi-même avons choisie et qui est en train de se généraliser. Le taitement esthétique moderne ne propose plus donc un acte isolé mais un programme pour retrouver son image. J’aimerais, pour conclure, citer Patricia BENITAH dans son article de janvier 2009: ” Lipofilling, injections de Toxine Botulique, Laser, Lumière, puis Lifting, pour le visage ou Liposuccion, remodelage médical, et remise en tension par radio-fréquence pour le corps. Aujourd’hui, il n’y a plus d’actes isolés, mais des procédés qui s’inscrivent dans un programme intégré pour se réapproprier son image, la maintenir et prévenir le vieillissement qui va des derniers soins dermo-cosmétiques en date à une chirurgie de plus en plus douce visant le naturel. Visage détendu, moins fatigué, petites ou grandes imperfections du corps gommées, pour être en harmonie avec le vécu intime. Plutôt que vouloir à tout prix retrouver sa jeunesse. Étapes par étapes aujourd’hui l’esthétique médico–chirurgicale offre de vraies possibilités pour bien vieillir en beauté.”